Pas évident tout d’abord d’imaginer jouer dans cette grande église… l’acoustique y est géniale pour la musique, mais quid de nos voix?

Le site est grandiose, et nous prenons petit à petit nos repères… Nous délocalisons la loge derrière la scène, comme ça moins de va et vient. Le problème reste la scène, en bois, très bruyante avec les chaussures, tant pis, nous ferons pieds nus! Nous organisons nos costumes, notre coin maquillage, et le décalage entre cette superbe nef et l’ambiance saltimbanque que nous y apportons est assez drôle!

Les lumières ne sont pas évidentes à mettre en place, car il fait jour et les vitraux projettent leurs couleurs sur la scène, nous attendrons qu’il fasse nuit pour les derniers réglages. En attendant, nous répétons en essayant nous approprier l’espace…

Je vais laisser un des comédiens vous expliquer comment il a vécu cette journée…

Samedi 8 mars 2014.

Cette date est inscrite depuis longtemps dans nos agendas. C’est celle de notre représentation à Trie-sur-Baïse de la pièce « Jeux de planches » de Jean-Paul Alègre.

Résidant depuis peu en Bigorre je commence par étudier la carte pour situer cette commune à une heure environ de mes Baronnies. Certes ce n’est pas le début d’une carrière internationale mais tout de même, l’hydrologue qui sommeille en moi ne manque pas de remarquer que nous quittons le bassin versant de l’Adour pour celui de la Garonne : ce n’est pas rien !

J’arrive en début d’après-midi à Trie sous le soleil.

Mon œil est attiré par quelques hangars du genre de ceux qui protègent les quais de gare.

J’apprendrai plus tard la place historique du commerce du porc à Trie dont ces hangars témoignent encore. Je pénètre dans l’église des Carmes, lieu de notre représentation. Sa fraicheur doit être une qualité en été mais ce jour là je regrette de ne pas jouer en plein air !

Je retrouve mes amis régisseurs, techniciens. Ces courageux sont là depuis l’aube. Ils se débattent dans les difficultés techniques et tentent depuis le matin de résoudre l’éternel problème de la quadrature du cercle : comment en n’ayant le droit de toucher qu’un minimum de projecteurs transformer l’éclairage d’une salle de concert en éclairage de théâtre. Pour que ce ne soit pas trop simple, ils ont adopté la langue de Shakespeare en usage à Trie.

Alors que les comédiens commencent à arriver, force est de constater qu’entre le son et la lumière, tout n’est pas encore parfait. Nous tentons malgré tout une générale. Mais entre la bande son qui part n’importe quand et les interruptions pour un nouveau réglage d’éclairage, la concentration se perd, le texte et le jeu avec. Ca ne ressemble guère à une générale mais nous appelleront cela quand même une générale, puisque c’est bien connu : une générale qui ne marche pas c’est bon signe. Tout s’annonce donc sous les meilleurs auspices.

Pour notre préparation psychologique, Claire, la triaise de notre troupe nous offre l’apéritif chez elle (vue magnifique sur les Pyrénées !). A l’invitation du Comité des fêtes de Trie nous nous rendons ensuite dans un sympathique restaurant à coté de la mairie. Les responsables et membres de ce Comité nous font profiter en même temps que d’excellents plats de leurs connaissances de Trie, de son histoire, de son festival. On passerait bien là, en bonne compagnie le reste de la soirée…

Retour à l’église. Est-ce l’heure tardive ou le début de la digestion ? Elle est glaciale. Les costumes que l’on porte pour la pièce s’accommodent mal de la température. On tente de ne pas se bloquer tandis que les premiers spectateurs prennent place. C’est l’heure (au quart d’heure près bien sûr) ! Nous y allons.

Et le miracle du théâtre se reproduit. Les comédiens s’évanouissent. Des personnages apparaissent. Ils ne semblent pas partager les soucis qui étaient ceux des comédiens. Ils en ont d’autres. Jean-Paul Allègre ne les a pas épargnés. Ils vivent leur vie en ayant pris possession de nos corps.

Et puis c’est le dernier mot, les saluts au public. Les applaudissements. Le public nous remercie. Se rend-il compte que sans lui le miracle n’aurait pas eu lieu ? Il ne sait pas que sans lui rien ne marchait !

La soirée se termine autour du verre de l’amitié offert par le comité des fêtes. C’est l’euphorie qui suit une représentation. Malheureusement il faut rentrer. Tout a une fin. Espérons que nous retournerons jouer à Trie notre prochaine pièce. Nous y avons maintenant des amis.

Eric

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